2 Voir par exemple Jocelyn Coulon, «La guerre... aux alliés», La Presse (Montréal), 12 février 2003, p. A17.
3 Au Téléjournal de la SRC, dimanche, 26 janvier 2003.
4 Le Soleil (Québec), dimanche 9 février 2003, p. A 1.
5 Voir Serge Truffaut, «La frappe de Bush», Le Devoir (Montréal), samedi 8 février 2003, p. B 4.
6 «The decision on whether and when to use force is therefore dictated first and foremost by our national interest. In those specific areas where our vital or survival interests are at stakes, our use of force will be decisive and, if necessary, unilateral.» A National Security Strategy of Engagement and Enlargement, La Maison Blanche, février 1996, p. 23.
7 Avant les événements d’Irak, les contingents déployés à l’étranger l’étaient comme suit : 100 000 soldats en Europe, 100 000 en Extrême-Orient et 20 000 dans le golfe Persique, le reste étant réparti un peu partout sur le globe. Depuis le 11 septembre 2001, de nouvelles installations ont été construites à Djibouti, en Afghanistan, au Pakistan, au Kirghizistan, au Tadjikistan, en Ouzbekistan, au Koweït, au Quatar, en Turquie et en Bulgarie. Voir les éditeurs, «US military Bases and Empire», Monthly Review, 53 : 10 (02), p. 6. En 1998, Ivan Eland évaluait à 144 le nombre des pays et territoires où était stationnée l’armée américaine, une augmentation depuis la fin de la Guerre froide (voir «The US military overextended Overseas», http://Cato.org/dalys/7-24-98.html). Sur le processus de fermeture des bases militaires en Amérique continentale en propre durant les années 90, on peut consulter David Srensen, Shutting down the Cold War : the Politics of military Base closing, New York : St-Martin’s Press, 1998.
8 Voir par exemple Robert Harvacky, Great Power Competition for overseas Bases: the Geopolitics of access Diplomacy, New York: Pergamon Press, 1982; Paolo E. Cotleb, United States Navy and Marine Corp Bases overseas, Westport (Ct) : Greenwood press, 1985 ; William H. Lewis, «US Bases abroad», Global Affairs, 3: 2 (88); les éditeurs, «The global Network of United States military Bases», The Defense Monitor, 28: 2 (89), pp. 1-8; et James R. Blaker, US overseas Basing, New York: Praeger, 1990.
9 Pour des réflexions sur le déploiement militaire mondial américain dans l’après-URSS, voir par exemple T.D. Young, Defining forward Presence in Europe : getting past the Numbers, Carlisle : Strategic Studies Institute, 1992 ; David S. Yost, «The Future of US overseas Presence», Joint Forces Quarterly, été 95, pp. 70-82 ; et Richard Kuegler, Changes ahead : future Directions for the US overseas military Presence, Santa Monica: Rand, 1998. C’est dans ces textes qu’a été puisée l’argumentation du «Power and Weakness» de Robert Kagan (publié en juin 2002), où l’on peut entre autres lire ces lignes qui ont beaucoup choqué : «Europe’s evolution to its present state occured under the mantle of the US security garantee and could not have occured without it... more important, the United States was the key to the solution of the German problem and perhaps still is» (Policy Review, 113, p. 15). Joseph Joffe, de nationalité allemande, semble être l’un des seuls à l’extérieur des États-Unis à avoir saisi cet aspect spécifique de la pensée militaro-stratégique américaine dans l’après-URSS. S’abreuvant à la même source que Kagan, son discours n’en est pas plus original : «When lesser Powers cannot deter China in the Taiwan Strait, or persuade North Korea to denuclearize, it is nice to have one special actor in the system who has the will and the wherewithal to do what others wish but cannot achieve on their own.» («Who is afraid of Mr. Big ?», The National Interest , été 95, p. 51 - c’était sept ans avant la rédaction de Power and Weakness).
10 On doit préciser que ce travail ne concerne pas le débat sur ce qui est appelé la «grande stratégie» des États-Unis, même s’il s’y alimentera abondamment. Ce débat met aux prises cinq approches principales et tourne autour du problème des conditions de l’intervention armée: la «stratégie» «Isolationniste» dit «jamais, sauf en cas d’attaque du territoire américain», l’Intervention sélective dit «seulement quand des intérêts américains clairement identifiés sont en cause», la Primauté et l’Engagement co-sécuritaire disent «même quand des intérêts américains ne sont pas immédiatement en cause», la différence résidant dans le fait que les uns n’excluent pas l’unilatéralisme tandis que les autres ne conçoivent d’action que de concert. Le Libéralisme structurant insiste sur la nécessité de l’«autorestriction» de la part de la superpuissance. Des recensions sont disponibles dans Andrew Ross, «Competing Visions of US Grand Strategy», International Security (désormais IS), 21: 3 (96-7); et Stephen Walt, «The Case for finite Containment», IS, 14: 1 (89), pp. 5-35. La présente recherche se démarque en ce qu’elle ne se concentre pas sur le problème de l’intervention, mais bien essentiellement sur la question de la nécessité présumée pour l’Amérique de la projection globale permanente de sa puissance militaire dans un monde où l’Armée rouge n’existe plus. Dans le débat susmentionné, cette nécessité du déploiement militaire mondial est une prémisse du raisonnement (même chez les «isolationnistes»). Ici, elle est problématique.
11 On peut distinguer quatre grandes approches. Le «réalisme» postule que la guerre est inscrite dans la «nature humaine» mais peut être désamorcée par la connaissance des relations de pouvoir qui s’établissent entre les États. Le «néolibéralisme», prépondérant aujourd’hui vis-à-vis des autres variantes du «libéralisme» en théorie des relations internationales, enseigne que la concorde universelle progressera au rythme du développement des échanges économiques et de l’établissement de régimes «démocratiques». Le «constructivisme» est intéressé par les «idées» et tient pour acquis que la paix sera en vue lorsque seront «déconstruites» les représentations qui fondent l’ordre international existant. Enfin, la «théorie critique» a pour a priori que le monde sera calme lorsque la «sécurité de l’Homme» sera assurée (violations des droits de l’Homme par les États, mais aussi dégradation de l’environnement, trafic de drogue, etc). On reviendra au moment opportun sur ces paradigmes et les différences qui les séparent – d’autres lectures sont certes identifiables, mais il est proposé de se limiter ici aux précédentes. Si cela n’est pas déjà fait, on conseille au lecteur de se procurer un dictionnaire des relations internationales, habituellement disponible dans toute bibliothèque publique. De plus, la lecture du très court et très bien vulgarisé texte de Stephen Walt, «One World, many Theories», est aussi encouragée (Foreign Policy, printemps 98).
12 We, the People, Cambridge : Belknap Press, 1991.
13 Plusieurs définitions de la «sécurité» sont données aujourd’hui. Il est proposé d’adopter ici celle voulant qu’elle inclut nécessairement le militaire, mais n’est pas nécessairement limitée à celui-ci.
14 L’opposition au déploiement militaire mondial s’articule dans plusieurs langages.
15 Le premier, qu’on qualifiera de «droite», veut un commerce international totalement libre, l’abolition des barrières douanières, la réduction de la taille des États, la fin de l’interventionnisme étatique, l’universalisation de la démocratie politique et des droits de l’Homme, le dégonflement du complexe militaro-industriel, etc. À titre d’exemple, voir Ted Galen Carpenter, Peace and Freedom: foreign Policy for a constitutional Republic, Washington: Cato Institute, 2002; Edward Ed Olson, A US national Defense for the 21st Century: the grand Exit Strategy, Londres: Frank Cass, 2002; William Niskanen, «On the false Charge of Isolationism», Cato Handbook for Congress («Chaiman’s Message»), Washington: Cato Institute, 2001, p. 2; Ivan Eland, Putting “defense” back in US Defense Policy: rethinking US Security, Westport (CT): Praeger, 2001; Earl Ravenal, «“Isolationism” as the Denial of Intervention : what foreign Policy is and isn’t», Cato Foreign Policy Briefing, 57 (27 av. 2000); Carl Conneta, «Inventing Threats», Bulletin of Atomic Scientists (mar.-av. 1998), pp. 21-34; Eland Mark Danner, «Marooned in the Cold War: America, the Alliance and the Quest for a vanished World», World Policy Journal, 14: 3 (aut. 1997), pp. 5-19; Ted Galen Carpenter, «Toward strategic Independence: protecting vital american Interests», Brown Journal of World Affairs, 2: 1 (été 95), pp. 7-23; Barbara Conry, «The Futility of US Intervention in regional Conflicts», Cato Policy Analysis, 209 (19 mai 1994); Ted Galen Carpenter, A Search for Enemies: America’s Alliances after the Cold War, Washington: Cato Institute, 1992; Earl Ravenal, Desining Defense for a new World Order: the military Budget in 1992 and beyond, Washington: Cato Institute, 1991.
16 Le second type d’opposition, qu’on appellera de «gauche», ne met pas en valeur le discours anti-étatique précédent. Le rapatriement des forces déployées à l’étranger est cependant souhaité à cause des souffrances qu’elles infligent aux populations locales et de leurs effets pernicieux sur l’environnement. On suggère d’investir les sommes colossales pouvant être ainsi récupérées dans la santé, l’éducation et autres domaines sociaux traditionnellement sous-financés aux États-Unis. Toutes les variantes de cette argumentation sont présentes dans Joseph Gerson et Bruce Birchard (éd.), The Sun never sets : confronting the Network of foreign US military Bases, Boston: South End Press, 1991, par exemple.
17 En troisième lieu, des chercheurs s’appuyant sur certains présupposés de la lecture «réaliste» des relations internationales pensent que le maintien du réseau des bases est un choix mal inspiré sur un plan purement militaire, car il ne pourra qu’amener la planète entière à s’allier contre le nouvel hégémon («balancing»). Voir Christopher Layne, «From Preponderance to Offshore balancing: America’s future Grand Strategy», IS, 22: 1 (1997), pp. 86-124; et «The unipolar Illusion: why new great Powers will rise», IS, 17: 4 (1993), pp. 5-51.
18 Enfin, la cessation de l’engagement militaire mondial est demandée parce qu’il coûte trop cher (Eugene Gholtz, «Come Home America: the Strategy of Restraint in the Face of Temptation», IS, 24: 4 - 1997 -, pp. 5-48); parce que la nation ne compte plus aucun ennemi déclaré (Ronald Steel, «Nato’s last Mission», Foreign Policy - désormais FP -, 74 - 1989 -, pp. 83-95); parce qu’il amène les États-Unis à renier ses idéaux moraux (exemple Eric Nordlinger, Isolationism reconsidered: american foreign Policy for a new Century, Princeton: Princeton University Press, 1995); parce que l’Amérique doit penser d’abord à elle-même (Pat Buchanan, «America first - and second and third», The National Interest, 19 - 1989 -, pp. 72-82); etc.
19 L’«abstentionnisme» exprimé dans ces textes n’est pas une doctrine nouvelle, mais remonte aux premiers temps de la République. Cette doctrine enseigne que la sécurité de l’Amérique sera mieux assurée si l’État s’abstient d’intervenir dans les rapports de forces étrangers. Les auteurs précités, bien qu’ils puisent leur argumentation aux racines intellectuelles les plus diverses, admettent en général (mais pas toujours - cf. Christopher Layne) le postulat selon lequel la guerre sera «éliminée» de l’expérience humaine quand on en aura la «volonté». Sur un plan rigoureusement «paradigmatique», cette prémisse du raisonnement est celle du «libéralisme» (ce terme est entendu au sens qu’en donne la théorie des relations internationales) dit «classique», qui connut ses heures de gloire après le Premier conflit mondial et dont l’un des spécimens les plus purs fut le Pacte Briand-Kellog (1925).
15 Depuis le Second conflit mondial, l’opposition au déploiement militaire mondial en Amérique oscille autour du 40 pourcent de l’opinion publique. Des politiciens trop absorbés par l’extérieur, ou paraissant trop l’être, s’exposent ainsi à de réelles déconvenues au moment de re-solliciter un mandat, le meilleur exemple étant probablement Georges Bush père en 1992 («It’s the economy, stupid !»). Voir Stephen G. Brooks, «Isolationism and Elections in american Politics», 49th Parallel, 7 (01), p. 7. Solidement installé un peu au-dessus de 40 points durant les années 90, ce pourcentage a sensiblement baissé après le 11 septembre 2001, mais demeure élevé, légèrement sous les 40 points. Voir «Public Opinion, six Months later», à http://www.istoselides.gr/world/article.php?sid+102.
16 La problématique du partage des coûts (Burdensharing) date des débuts de la Guerre froide. Il ne nous revient pas ici d’entrer dans l’immense et complexe littérature dont elle a favorisé l’éclosion (qui gravite autour de la définition des critères d’un juste partage des coûts). Soulignons simplement qu’avec la promulgation de la section 1041, la loi prescrit aux décideurs de suivre en cette matière une certaine procédure, dont l’aboutissement potentiel dernier est la fermeture partielle ou totale du réseau (le concept de Responsability Sharing, qui renvoie à la notion de partage des risques, est aussi employé). En guise d’introduction, on peut consulter la Burdensharing Home Page, http://www.house.gov/frank/burdpage.htm.1997; les rapports du département de la Défense sur le sujet, pour la plupart disponibles sur internet («defenselink»); ou encore le code lui-même (pouvant être trouvé à http://www.brown.edu). Voir aussi Major Lee O. Wyatt, «Defense Burdensharing: a strategic exploratory Study on how to assist Planners and encourage Burdensharing among our Allies», Reasearch Departement, Air Command and Staff College, mars 1997.
17 Le terme «Eurasie» prend ici son sens géographique traditionnel de réunion des continents européen et asiatique.
18 Ceci semble évident dans ce fragment d’une allocution de George Washington: «The great rule of conduct for us in regard to foreign nations is, in extending our commercial relations, to have with them as little political connexions as possible». Dans un discours prononcé au Congrès, Thomas Jefferson tenait sensiblement le même langage: «Peace commerce, and honest friendship with all nations, entangling alliances with none». Cette vision des choses fournit la substance de la doctrine Monroe (1823), à la faveur de laquelle l’hémisphère américain est proclamé ouvert au commerce européen, mais fermé à ses armées: on demande à l’Europe des émigrants, de l’argent; on souhaite le développement des échanges; par contre: «we have no concern in the wars of the European Govenments nor in the cause which produce them» (Davis Newton - éd. -, Inaugural Addresses of the american Presidents, New York: Holt etc, 1961).
19 Des ententes bilatérales furent néanmoins conclues pour les cas d’urgences: la Marine put ainsi relâcher au besoin à Yokohama et Nagazaki (Japon); Gibraltar (empire britannique); Port Mahon (Espagne); La Spezzia (Italie) et Villefranche (France). Voir Paolo Colleta, United States Navy and Marine Corps Bases abraod, Westport (CT): Greenwood Press, pp. 115-21.
20 Voir Eileen Collier, Instances of use of United States armed Forces abroad, Washington: Congressional Research Service (Librairie du Congrès), 4 déc. 1989, pp. 21-30.
21 C’est à cette époque marquée par le rétrécissement des distances que naît la géopolitique (ou géostratégie), fondée par le britannique Harfold Mackinder. Cette discipline, à ses débuts, analyse le rapport des forces militaires à partir de la géographie des États, leur position vis-à-vis d’autres entités étatiques, leurs attributs naturels, etc. Prenant le contre-pied de Mahan, Mackinder pense que la région charnière par excellence est celle se situant de part et d’autre de l’Oural (Heartland, ou «croissant intérieur»), parce qu’invulnérable à une attaque par mer. L’État possédant ce territoire devait tôt ou tard réaliser l’empire universel (voir «The geographical Pivot of History», The Geographical Journal, 23: 4 - 1904 -, pp. 421-37).
22 Jusqu’au Second conflit mondial, ce type de lecture militaro-géographique structure les débats sur la sécurité, chaque État - surtout Angleterre, Allemagne, France et États-Unis - comptant son École particulière. La part du militaire dans la géostratégie aujourd’hui, au même titre que dans les études stratégiques dans leur ensemble, a passablement décrû. Une bibliographie est disponible dans Bertil Hagman, Geopolitics : classical and modern (http://geocities.com/eurasia-uk/geo.html).
«Having therefore no [colonial] establishment, the ships of war of the United States, in war, will be like land birds, unable to fly far from heir own shores. To provide resting places for them, where they can coal and repair, would be one of the first duties of a government proposing to itself the development of seapower of the nation at sea» (Boston: Little Brown, 1890, p. 83).
23 Voir Paolo Coletta, op. cit., pp. 202-6. Pour la région du Pacifique en particulier, voir Brian McAllister Linn, Guardians of Empire: the US Army and the Pacific (1902-40), Chapel Hill: The University of North Carolina Press, 1997.
24 Cité dans Jeffrey Legro, «Whence american Internationalism», International Organization (désormais IO), 54 : 2 (00), p. 262.
25 Voir Norman Guinsberg, «The Triumph of Isolationism», dans Gordon Martel (éd.), American foreign Relations reconsidered: 1890-1993, New York: Routledge, 1994, p. 99.
26 Certes, beaucoup d’Américains sont angoissés par la perspective de la guerre et les offensives fulgurantes des forces de l’Axe (l’effondrement français fait entre autres l’effet d’un coup de tonnerre). Le processus constitutionnel américain se fait l’écho de ces préoccupations, et revient graduellement sur les intentions proclamées dans le Neutrality Act de 1935, en accouchant successivement de la loi du «Cash and Carry» (1937), du soutien verbal à l’Angleterre en (1939), et, surtout, du Lend Lease Act (1941). Voir Jerome Brunner, Mandate from the People, New York: Duell etc., 1944, p. 30. Par contre, il demeure effectif que Roosevelt, s’il veut espérer gagner l’élection de 1940, doit chaque jour promettre aux mères américaines qu’il n’enverra pas leurs «boys» à la guerre.
27 Sur l’effondrement de l’appui populaire à la non-intervention dans la guerre à cette époque, voir par exemple Robert Dallek, Franklin D. Roosevelt and american foreign Policy, 1932-45, New York: Oxford University Press, 1979, p. 313.
28 New York: Harcourt Brace Jovanovitch, 1942. Voir aussi The Geography of Peace, New York: Harcourt, Brace and World Inc., 1944.
29 Spykman ne conseille pas explicitement l’établissement permanent de bases militaires dans cette région du globe, mais dit néanmoins que les États-Unis doivent camper assez près pour pouvoir intervenir à loisir: «There would be a gain in security not only for the United States but also for the nations of Europe if the great New World state should acquire a position from which her power could be made available in the Old World» (The Geography of Peace, p. 58). L’Extrême-Orient est l’autre région importante pour l’auteur: «In the transpacific zone, the facts of the situation are different, although the obligations and the means to carry them out will undoubtedly be the same... If we are seriously interested in maintaining the security of the Orient, and for our own safety we are forced to be, we must secure additional naval and air bases on the same terms by which we acquire them in the transatlantic zone» (loc. cit). Avec Spykman, la théorie de la stratégie interventionniste abandonne la posture strictement maritime de Mahan et pose le problème de l’accès militaire américain direct à la masse continentale eurasiatique.
30 Le décompte peut varier selon les études, à cause des diverses définitions du terme «installation militaire», ou même «base». Voir James R. Blaker, United States overseas basing, New York: Praeger, 1990.
31 Voir Elliot Vanveltner Converse III, «United States Plans for Post-War overseas military Bases System: 1942-8», Thèse (département d’histoire), Université Princeton, 1984.
32 Sur les 69 divisions américaines présentes en Europe en 1945, une seule subsiste en 1950. Voir Robert Harvacky, Great Power Competition for overseas Bases: the Geopolitics of access Diplomacy, New York etc: Pergamon Press, 1982, pp. 112-3.
Il est à noter que l’abstentionnisme demeure très dynamique sur le plan théorique durant ces années. Voir par exemple l’ouvrage massif de Quincy Wright et ses collaborateurs, où le problème de la guerre est traité comme une maladie devant être soignée par la douceur - commerce, démocratie, etc. (Study of War, Chicago: University of Chicago Press, 1926-42). Voir aussi Frederick Schuman, International Politics, New York: McGraw Hill, 1933 et Grayson L. Kirk, The Study of international Relations, New York: Council on Foreign Relations, 1947. Voir aussi W.T. Fox, «Interwar international Relations Research : the american Experience», World Politics, 2: oct. (49), pp. 67-79.
33 George Kennan compare la position des États-Unis en Eurasie à celle d’un homme enfermé aux côtés d’un canidé à la mâchoire impressionnante: «The dog, for the moment, shows no signs of agressiveness. The best thing for us to do is surely to try to establish, as between the two of us, that the teeth have nothing whatsoever to do with our mutual relationship» (Memoirs: 1925-50, Boston: Little Brown, 1967, p. 406).
34 Le déploiement militaire mondial en propre est relancé à partir de la Guerre de Corée. Voici la description qu’en donne Ben Cramer pour l’Europe : «The Korean war, even though it was in Asia, served to build up US forces in Europe. In September 1950, the decision was taken to send four divisions back to Europe to build a NATO force under the command of General Eisenhower. Acheson called this a ‘complete revolution in American foreign policy’. It transformed the Atlantic alliance into something entirely new: a military organization bringing the European allies largely under US command» («The Burdens and the Glory: US Bases in Europe», dans Joseph Gerson - éd. -, op. cit., p. 207, souligné par nous).
35 Avant même le début de la militarisation de la Guerre froide, George Kennan en délimitait les contours. Dans «The Source of Soviet conduct», il décrit longuement les différences inconciliables à ses yeux des philosophies d’organisation sociale et économique ayant cours à Moscou et à Washington, et remarque qu’aucune force organisée n’est en mesure de s’opposer à la puissance militaire soviétique en Eurasie. Il en conclut: «... it is clear that the main element of any United States policy toward the Soviet Union must be that of a long term, patient but firm and vigilant containment of Russian expansive tendencies» (FA, 25: 4 - 47 -, p. 575). Pour un aperçu de la tournure idéologique que prend le débat sur la présence militaire américaine à l’étranger à cette époque, on peut aussi consulter James Burnham, Containment or Liberation ? An Inquiry into the Aims of US foreign Policy, New York: John Day, 1950; Norman Podhoretz, The present Danger, New York: Simmon and Schuster, 1980; et Irving Kristol, «Foreign Policy in an Age of Ideology», The National Interest, 1 (85), pp. 6-15.
36 Pour George Kennan, disciple de Spykman en matière stratégique, le monde se résumait à ses cinq régions industrielles majeures: la vallée du Rhin et ses environs, la Grande-Bretagne, le Japon, l’URSS et les États-Unis. L’intérêt vital des États-Unis résidait dans la liberté juridico-politique (ou constitutionnelle) de chacune d’elles par rapport aux autres (voir Memoirs, p. 325). Sur les rapports étroits entre la théorie de Spykman et la doctrine du «Containment» dans son volet militaro-stratégique, voir Colin S. Gray, The Geopolitics of Superpower, Lexington: University of Kentuky Press, 1988. Voir aussi, G. R. Sloan, Geopolitics in United States strategic Policy: 1890-1987, New York: St-Martin’s, 1987.
37 Les alliances forgées par les États-Unis à cette époque s’étendent bien entendu à tous les continents. L’aspect radicalement nouveau dans la stratégie américaine de cette époque est cependant l’établissement permanent des GI et des infrastructures correspondantes sur les pourtours de l’Eurasie. C’est en cela qu’elle devient vraiment mondiale. Un classique pour l’analyse de cette période demeure le Strategies of Containment: a critical Appraisal of postwar american Security Policy, de John Lewis Gaddis (New York: Oxford University Press, 1982).
38 Pour le Pacifique, voir Malcom MacIntosh, Arms across the Pacific: Security and Trade Issues in the Pacific, New York: St-Martin’s, 1987.
39 Voir The Center for Defense Information, «The global Network of US military Bases», The Defense Monitor, 18: 2 (89), p. 2.
40 La Guerre du Vietnam fournit un bon exemple du potentiel opérationnel du réseau des bases à l’étranger. Subic Bay et Clark (Philippines) sont des points d’appui logistiques par lesquels transitent respectivement 1700 navires/jour et cinquante vols de transport/jour (1968). Les B-52 décollent de Guam. La Thaïlande abrite des forces aériennes légères et fournit des facilités de communications et de renseignement. Le Laos abrite des pistes d’atterrissage, les quartiers généraux de la CIA et des forces «spéciales». La base de Yokosura, au Japon, ravitaille les quatre porte-avions de la VIIe flotte. Okinawa et Subic Bay servent de camps d’entraînement pour les recrues et d’aires récréatives pour les vétérans. Le Vietnam du Sud en propre donne 73 bases aériennes et dix ports militaires. Voir Peter Hayes, Americain Lake: nuclear Peril in the Pacific, Victoria (Australie): Penguin Books, 1986, p. 45.
Le pivot de la structure militaire du Pacifique est le Japon, comme le souligne Robert Harvacky: «At its peak, the United States had some 3 800 military installations in Japan, of which over thirty were major facilities, including six airflields, two naval bases, two bombing ranges, six ammunition depots, and a maneuver area. By 1970, their operating costs were half a billion dollars annually, and there were at times over 40 000 US military personnel in Japan. These bases were vital to the conduct of the Korean War and were latter important to the logistics of the Vietnam War» (op. cit., p. 130). Malgré le caractère impressionnant de ces chiffres, l’Europe demeure l’endroit où sont concentrés le plus de moyens durant la Guerre froide, et de loin (400 000 soldats et baraquements correspondants en 1988). Voir par exemple Simon Duke, United States military Forces and Installations in Europe, Stockholm (SIPRI): Oxford University Press, 1989, p. 2.
41 La doctrine Nixon précise que les États-Unis ne fourniraient plus de soldats pour la Défense d’Alliés ne faisant pas face à une menace nucléaire directe. Les Alliés sont aussi priés d’assumer une plus large part des besoins de leur Défense sur le plan financier. Pour la transition entre la doctrine Nixon et celles qui l’ont suivie, voir Colin S. Gray, «Nuclear Strategy: the Case for a Theory of Victory», IS, 4: 1 (79), pp. 54-87.
42 La menace que fait peser l’arsenal nucléaire soviétique sur le territoire national n’impressionne guère. On dit qu’elle est fonction du déploiement militaire mondial. Que les GI soient rapatriés et ce danger disparaîtra de lui-même, assure-t-on. Pour ne citer que des titres concernants l’Europe et publiés dans les années Reagan, voir Jefferey Record, «Beyond NATO: new military Directions for the United States», dans Robert J. Hanks, US Strategy at the Crossroads: two Views, Cambridge: Institute for Foreign Policy Analysis, 1982, pp. 1-36; Ronald Steel, «Ending the american Protectorate of Europe», Harper’s, 256: 1586 (82), pp. 10-4; Earl Ravennal, «The Case for a withdrawal of our Forces», The New York Times Magazine, 6 (83), pp. 58-75; Christopher Layne, «Ending the Alliance», Journal of Contemporary Studies, 6: 3 (été 83), pp. 5-31; Laurence Radway, «Let Europe be Europe» World Policy Journal, 1: 1 (aut. 1983), pp. 23-43; Melvin Krauss, How NATO weakens the West, New-Yok: Simmon and Schuster, 1986; Elliot A. Cohen, «Do we still need Europe ?», Commentary, 21: 1 (86), pp. 28-37; et Christopher Layne, «Atlanticism without NATO», FP, 67 (87), pp. 22-45, par exemple.
43 Perception renforcée par des études comme celle de Greg Treverton (The Dollar Drain and American Forces in Germany, Athens: University of Ohio Press, 1978).
44 Par exemple, en 1970, le Sénateur Mike Mansfield s’interroge en ces termes sur le besoin de maintenir en premier lieu des troupes en Europe: «There is no reason why 250 million Europeans cannot organize an effective defense against 200 million Russians who are at the same time trying to contain 700 million Chinese» (Congressional Record, 24 jan. 1970, p. s-493).
45 Ce sentiment est bien exprimé dans Thomas Omstead, «Selling off America», FP, 76 ( 89), pp. 27-40; Ken Dillon, «Worlds in Collision : the US and Japan beyond the Year 2000», Département d’État (Foreign Service institute), Center for the Study of Foreign Affairs (Center Paper no. 2), avril 1989 ; et Stephen Helman, «The Japanization of America», The Public Interest, 98 (90), pp. 75-90, pour ne citer que des exemples relatifs au cas japonais.
46 Washington: US Government printing Office, 11 janvier 1988. Étaient entre autres sur le panel Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger et Samuel Huntington.
47 Washington : US Government Printing Office, août 1988. Présidé par la Sénateure Patricia Schroeder.
48 À travers une analyse du rapport des forces dans cette partie du globe articulée en 1992, on peut y lire: «Le choix de la Chine entre indépendance et interdépendance est rendu plus difficile par le fait qu’il s’agit d’une puissance bien plus militaire qu’économique, mais dans une région où le Japon est une puissance bien plus économique que militaire. Quand les superpuissances auront quitté la scène, les choix essentiels quant à la future configuration de la sécurité en Asie de l’Est se feront entre la Chine et le Japon» («Asie de l’Est: le nouveau paysage stratégique», Politique étrangère, 57: 3 - 92 -, p. 554, souligné par nous).
49 Solna (Suède - SIPRI): Oxford University Press, 1990.
50 Paul Kennedy, The Rise and Fall of great Powers, economic Change and military Conflicts (1500-2000), New York: Random House, 1987 et Francis Fukuyama, The End of History and the last Man, New York: Free Press, 1992. Sur la perception que le phénomène de la guerre irait en décroissant dans l’après-URSS, voir aussi John Mueller, Retreat from Doomsday: the Obsolescence of major Wars, New York: Basic Books, 1988 ; et Luard Evan, The blunted Sword : the erosion of military Power in modern World Politics, New York: New Amsterdam, 1988.
51 Voir «Understanding US Strenghts», FP, 72 (88), pp. 105-29 ; et «NATO’s Enduring value», FP, 71 (88), pp. 156-75.
52 Par suite de la montée à cette époque de la croyance en la caducité de l’institution militaire et, par le fait même, de l’interventionnisme, Elliot A. Cohen fait ce constat: «The case for the obsolescence of military power has never been stronger, nor has it ever had advocates as convincing and authoritative as those who now make the case» («Military Power and international Order: is Force finished ?», dans Pamela Aall et al. (éds), Managing global Chaos, Sources of and Responses to international Conflict, Washington: US Institute of Peace Press, 1996, p. 223, souligné par nous.
John Gerard Ruggie souligne qu’un sondage posant au début des années 90 la question de la poursuite ou non de l’implication militaire américaine sur la scène internationale obtient comme résultat «oui» à 51%, «non» à 41% et 9% d’indécis («Interest, Identity and american foreign Policy», IS, 21 : 4 - 97 -, p. 91). James Fallows exprime bien l’état d’esprit à la source de cet amenuisement de l’appui populaire (cf. indécis). Dans une réflexion sur la présence militaire américaine en Extrême-Orient, Fallows parle d’abord du «free ride» qu’elle procure aux Japonais en matière de Défense. Il explicite ensuite en ces termes : «The current division of labour between the two countries seems ruinous for America. We sink large shares of our dwindling wealth into the military, partly to protect Japan, which sinks little and pulls further and further ahead in technological and financial strength» («The Bases Dilemma», The Atlantic, fev. 88, p. 18).
53 Voir Scott Burchill, «Introduction», dans Andrew Linklater et al., Theories of international Relations, New York: St-Martin’s, 1996, pp. 4-6.
54 Voir Stephen Walt, «One World, many Theories», FP, pr. (98), p. 31. L’ouvrage de Waltz s’inscrit en réaction à la marée montante du néolibéralisme. Voir par exemple Robert Gilpin US Power and the multinational Corporations: the political Economy of direct Investments New York: Basic Books, 1975; et surtout, Robert Kehohane et Joseph Nye jr., Power and Interdependance: World Politics in Transition, Boston: Little Brown, 1978. Réponse à Theory of international Politics: Robert Keohane (éd.), Neorealism and its Critics, New York: Columbia University Press, 1986. Sur le plan politique, Waltz est le théoricien de la Détente : il a en horreur les «cold warriors» - parmi lesquels se retrouvent plusieurs néolibéraux (mais pas Nye et Kehohane).
55 Voir Ted Hopf et John Lewis Gaddis, «Getting the End of the Cold War wrong», IS, 18: 2 (93), pp. 202-15; Charles Kegley jr., «The neoidealist Moment in international Studies ? Realist Myths and new international Realities», International Studies Quarterly; 37: 2 (93), pp. 131-47; Richard Ned Lebow, «The long Peace, the End of the Cold War and the Failure of Realism», IO, 48: 2 (94), pp. 249-77; John Gerard Ruggie, «The False Premisse of Realism», IS, 20: 1 (95), pp. 89-125; Ethan Kapstein, «Is Realism dead ?», IO, 49: 4 (95), pp. 751-74; John A. Vasquez, «The realist Paradigm as a degenerating Research Program», San Diego: International Studies Association (conférences annuelles), 1996; Jeffrey W. Legro et Andrew Moravscik, «Is anybody still a Realist ?», IS, 24: 2, (99); et «Correspondance: Brother, can you spare a Paradigm ?», IS, 25: 1 (00), pp. 165-93.
56 «Voir John Ikenberry, «Introduction», dans John Ikenberry et Michael Doyle (éds.), New Thinking in International Relations, Boulder: Westview Press, 1997, p. 12.
57 D’autres variantes, tel le «réalisme néo-classique» (remise en selle de Morgenthau), peuvent être observées. Sur les mutations du réalisme dans les années 90, on peut consulter William Wohlforth, «Reality Check: revising international Theories in Response to the End of the Cold War», World Politics, 50 (98), pp. 3-34; ; G.S. Brooks, «Dueling Realisms: an Introduction»; IO, 51: 3 (97), pp. 445-77; Benjamin Frankel, «The reading List: debating Realism», Security Studies, 5: 2 (1995), pp. 180-96; et William Wohlforth, «Realism and the end of the Cold War», IS, 19: 3 (94-5), pp. 3-37, par exemple.
58 Exemple Alexander Wendt, «Anarchy is what States make of it», IO, 46: 2 (92), pp. 391-427. Pour une recension, voir Chris Brown, «Theory and international Relations II : Theory Today», dans Chris Brown, Understanding international Relations (chap. 3), New York: St-Martin’s, 1998, pp. 40-63.
59 Exemple Ken Booth, «Security emancipation», Review of International Studies, 17: oct. (90), pp. 313-26. Recension dans Chris Brown, loc.cit.
60 Selon Scott Burchill, cette division se présente ainsi: néolibéralisme et réalisme sont des théories «appliquées» («explanatory theory», ou «problem solving theory»). Elles supposent que la «réalité existe», l’appréhende «telle qu’elle est» et tentent de l’influencer dans le sens désiré. Les approches constructiviste et critique nient au départ le concept de réalité objective: pour elles, la réalité est ce qu’on en fait. On théorise donc sur la théorie, non sur le «réel» («constitutive theory») - (op. cit). Un bel exemple de ceci est observable dans la très rude discussion à laquelle Jens Bartelson soumet la notion de «souveraineté», fondamentale dans l’«empirisme» réaliste (A Genealogy of Sovereignty, Cambridge: Cambridge University Press, 1995).
61 D’un côté, on peut lire par exemple Bruce Russet, Grasping the democratic Peace: Principles for a Post-Cold War World, Princeton: Princeton University Press, 1993; John M. Owen IV, «How Liberalism produces democratic Peace», IS, 19: 2 (94), pp. 87-125; ou encore Robert Keohane, «Institutional Theory and the realist Challenge after the Cold War», dans David Baldwin (éd.), Neorealism and Neoliberalism: the contemporary Debate, New York: Columbia University Press, 1993, pp. 262-87. Pour l’autre versant, voir par exemple Christopher Layne, «Kant or cant: the Myth of democratic Peace», IS, 19: 2 (94), pp. 5-49; John Mearsheimer, «The false Promise of international Institutions», IS, 19: 3 (94-5), pp. 5-49 ; ou Jack Snyder et Edward Mansfield, «Democratic Peace and the Danger of War», dans Michael E. Brown et al. (éds), Debating the Democratic Peace, Cambridge: MIT Press, 1996.
62 Les théoriciens des relations internationales sont bien entendu des protagonistes actifs du débat sur la sécurité nationale sous la Guerre froide (les néoréalistes sont habituellement en faveur de la Détente - Waltz, Walt, Van Evera, Mearsheimer, etc. -, tandis que leurs adversaires, souvent des néolibéraux, veulent pour la plupart faire passer coûte que coûte l’URSS sous le joug). La consultation des numéros de la revue International Security allant de la fin des années 70 à la fin des années 80 dans leur ensemble se veut une bonne introduction. Les années 90 se démarquent en ce sens que c’est le problème de la pertinence du déploiement militaire mondial en soi qui y est théorisé.
63 Charles Krauthamer, autrement connu pour ses affiliations «néoconservatrices», qui a été le premier à asseoir un raisonnement théorique sur le postulat selon lequel l’«unipolarité» peut être «stable» («The unipolar Moment», FA, 70 : 1 - 90-1 -, pp. 23-33). Comme on est sur le point de le constater, la contribution originale dudit «néoconservatisme» à ce construit de l’esprit qu’est la stratégie militaire mondiale américaine de l’après-guerre froide ne dépassera pas ce stade.
On rappelle que les titres des revues spécialisées sont ainsi mis en abréviation : Foreign Affairs (FA), International Security (IS), International Organization (IO), Foreign Policy (FP).
64 «Building a new NATO», FA, 72: 4 (93), pp. 28-40.
65 Pour éviter d’alourdir inutilement le texte, le ou les renvois suivants immédiatement un ouvrage cité en bas de page (ici à la note 64) n’indiqueront dorénavant que le numéro de la page entre parenthèses. Autrement, la notation des références se fait selon la procédure habituelle.
Pour le même type de lecture, voir aussi, de ce même Larabee, «Long Memories, short Fuses: Change and Instability in the Balkans», IS, 15: 3 (90-1), pp. 58-91, par exemple.
66 «America and collective Security in Europe», Journal of Strategic Studies, 17: 4 (94), pp. 104-24.
67 «... the horrors of post-Cold War armed conflicts are all too clear. From the Adriatic to the Caucasus, devastating conflicts have raged in Europe...» (p. 104).
68 Par exemple: «Washington’s passivity toward the Yougoslav tragedy (etc)... are direct consequenses of the belief that America’s status as the world’s last superpower renewed an old standard for foreign policy commitments - “clear national interests”. According to realist reasoning, unless such unequivocal interest are at stake, commitments of American political, economic or military resources should not be undertaken. By this logic, based on the two crucibles of political realism (power and interest), one uses power only when interests are threatened; to do so when clear national interests are not threatened would damage security» (p. 117).
69 IO, 44 : 2 (90), pp. 137-68.
70 Ce texte s’insère aussi dans un autre très riche débat entre réalismes, celui de l’offensive versus la défensive en relation avec la perception du danger de la part des États et les actions qu’inspirent les perceptions - qui donnera les réalismes «offensif» et «défensif». On y reviendra.
71 «Primed for Peace: Europe after the Cold War», IS, 15: 3 (90), pp. 7-57.
72 Pour une argumentation similaire, voir aussi, du même auteur, «Why Europe matters, why the Third World doesn’t: America’s Grand Strategy after the Cold War», Journal of Strategic Studies, 13: 2 (90), pp. 1-51.
73 Voir «Why NATO is still best: future Security Arrangements for Europe», IS, 18: 1 (93), pp. 18-23.
74 Political Science Quarterly, 111: 1 (96), pp. 1-39.
75 Voir «Europe’s uncommon foreign Policy», IS, 22: 3 (97), pp. 74-100.
76 IS, 15: 1 (90), pp. 4-56.
77 Voir Aaron Friedberg, «Theoretical Models of East Asian Security», Harvard International Review, 18: pr. (96), pp. 12-5, 68-70. Voir aussi Douglas Johnson, «Anticipating Instability in the Asia-Pacific Region», Washington Quarterly, 15: 3 (92), pp. 103-17.
78 «Ripe for Rivalty: Prospects for Peace in multipolar Asia», IS, 18: 3 (93-4), pp. 5-53.
79 «The list of states that have outstanding differences over the delineation of their land frontiers or maritime boundaries is extremely long and includes: Japan and Russia, Russia and China, Japan and South Korea, Laos and China, China and Burma, India and Pakistan, Cambodia and Viet-Nam, China and Viet-Nam, China and Taiwan, Indonesia and Timor, Malaisya and the Philippines, Malaisya and Taiwan together» (p. 15).
80 «American power is the linchpin that holds Japan in place. By doing so, it delays the full transition to an independent Asian sub-system and allows time for forces that can mitigate the effects of multipolarity to gain in strenght» (p. 53).
81 «The Geopraphy of Peace: East Asia in the twenty-first Century», IS, 23: 4 (99), pp. 81-118.
82 «China dominates mainland Southeast Asia. Burma has been a de facto Chinese protectorate since World War II. Chinese regional influence expanded following the withdrawl of US forces from mainland southeast Asia in 1975, when Thailand shifted from alignment with the United States with alignment with China. Only Beijing had the credibility to offset Soviet and Vietnamese threats to Thai security. Following the Soviet withdrawl from Vietnam, Hanoi accepted China’s terms for peace in Cambodia. Cambodia then developped close relations with China, so that Beijing was content to work with the erstwhile Vietnamese “pupett regime”» (p. 85).
83 IS, 18 : 3 (93-4), pp. 49-78.
84 Betts constate que les Spratly, en particulier (Mer de Chine du Sud), par où passent 75 % des approvisionnements en hydrocarbures du Japon, sont revendiquées en totalité ou en partie par cinq États : la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaysie et Brunei. Il souligne aussi que les revendications chinoises sur Taiwan concernent directement le Japon, en ce sens que les approvisionnements ci-haut mentionnés y transitent aussi en totalité - au sortir de la Mer de Chine du Sud, on entre immédiatement dans les eaux territoriales taiwanaises (voir p. 62). Une analyse similaire à celle-ci est faite par Dennis Van Vranken Hickey, The Armies of East Asia, Boulder: Lynne Rienner, 2001. Voir particulièrement l’introduction pour la théorie des trois trous noirs (pp. 1-19). L’auteur qualifie la région de «thinderbox» (p. 19).
85 Pacific Defense, New York: Morrow & Co. Inc., 1996.
86 Tang Tsou observe que le Traité d’Amitié et de Coopération signé en 1978 se fixe tout au plus comme objectif de «mettre un terme à l’état anormal des affaires» («Sino-Japanese Relations in the 70’s», dans Hillary Conroy - éd. -, China and Japan: a search for Balance since World War I, Santa Barbara: Clio Books, 1978, p. 422).
87 Voir «China and Japan: a Facade Friendship», The Washington Quarterly, 26: 1 (02-3), p. 78.
88 «Japan’s Burden of History - can it be lifted ?», Asia Pacific Center for Security Studies, Occasional Paper Series, octobre 2002.
89 Sino Japanese Relations: China’s Perspective, New York: Routledge, p. 91.
90 China eyes Japan, Los Angeles: University of California Press, p. 201.
91 «The Sino-Japanese Relationship and East Asia Security: Patterns and Implications», China Quarterly, 124 (90), p. 729.
92 Voir «China and Japan: Trouble ahead», Washington Quarterly, 25: 4 (02), pp. 37-49. Voir aussi Benjamen Self, «Japan’s China Policy : from commercial Liberalism to reluctant Realism», Survival, 38: 2 (96), pp. 35-58; ainsi qu’Erica Steckter Downs et Phillip C. Saunders, «Legitimacy and the Limits of Nationalism: China and the Diaoyu Islands», IS, 23: 3 (98-9), pp. 114-46, par exemple.
93 Voir «Keep US Forces in Korea after unification», The Korean Journal of Defense Analysis, 10: 1 (98), pp. 5-10.
94 Washington: CSIS Working Group Report, août 2002, p. 19.
95 Carlisle: Strategic Institute (US Army War College), 1999, p. 11. Voir aussi, du même auteur, «Asian Security without an american Umbrella», Carlisle: US Army War College, 1996.
96 Voir par exemple Lawrence Potter et Gary Sick (éds), Security in the Persian Gulf : Origins, Obstacles and the Search for Consensus, New York: Palgrave, 2002, pour une introduction à la perception américaine du magma proche-oriental.
97 Voir par exemple, de Fiona Hill, (le grand spécialiste américain de la region), «A not so grand Strategy : United States Policy in the Caucasus and Central Asia since 1991», www.brookigns.edu, 2001; «The United States and Russia in Central Asia: Uzbekistan, Tajikistan, Afghanistan, Pakistan and Iran», The Aspen Institute Congressional Program, 15 août, 2002; et «Areas of future Cooperation or Conflict in Central Asia and the Caucasus», Yale University Conference, «The Silk Road in the 21st Century», 19 septembre 2002.
98 Voir aussi W. Singer, «Time for hard Choices : the Dilemmas facing US Policy toward the islamic World», The Brookings Project on US Policy Towards the Islamic World, Working Paper no. 1, septembre 2002, pour des hypotheses de travail.
99 «It is of course banal to say that modern technology has shrunk the world. But the obvious corrolary, that in a shrunken world the divide between regional superpower and great powers is radically narrowed is rarely drawn. Missiles shrink distance. Nuclear (or chemical or biological) devices multiply power. Both can be bought at market... relatively small, peripherical and backward states will be able to emerge rapidely not only to regional, but to world security» (p. 30).
100 «A Tale of two Worlds: Core and Periphery in the Post-Cold War Era», IO, 46: 2 (92), pp. 467-91.
101 Pour une version semblable, voir Max Singer et Aaron Wildavsky, The real World Order: Zones of Peace, Zones of Thurmoil, Chatham (NJ): Chatam House, 1993.
102 IS, 15: 4 (91), pp. 5-53. Voir aussi, du même auteur, «Geopolitics updated: the Theory of selective Engagement», IS, 23: 3 (98-9), pp. 78-113.
103 Notre edition: Le choc des civilisations, Paris : Jacob, 1997 (1993).
104 «Why International Primacy matters», IS, 17: 4 (93), p. 82.
105 New York: Basic Books, 1990.
106 Commandant en chef du corps des Marines basé au Japon, cité par le Los Angeles Times, 1er août 1995, p. H 4.
107 FA, 70: 5 (91), pp. 1-17.
108 «What fostered stability and secured economic dynamism in East Asia for the past four decades is a loose network of bilateral alliance with the United Sates at its core. Our military presence, our commitment, our reassurance has constituted the balancing wheel of an informal, yet highly effective, security structure that emerged after World War II and endured throughout the Cold War» (p. 4).
109 «Yet, we cannot fully enter the future while still burdened by legacies of the Cold War-era, particularly the military confrontation on the Korean peninsula and the dispute over the Northern Territories [Kourilles: Japon-Russie]. Moving from the Korean armistice to a stable peace and advancing Soviet-Japanese bilateral ties to make possible a peace treaty would be major steps in transcending those legacies» (p. 18)
110 «What was a secondary aspect of our Cold War-era security presence is becoming the primary rationale for our defense engagement in the region: to provide geopolitical balance, to be an honest broker, to reassure against uncertainty» (p. 5), souligné par nous.
111 «Address to the Political Science Association», 29 août 1991, souligné par nous.
112 Walter Slocumb (sous-secrétaire à la Défense), «The Future of US nuclear Weapons in a restructured World», dans Steven Maarenen et Patrick Garrity (éds.), Nuclear Weapons in the changing World: Perspectives from Europe, Asia and North America, New York: Plenum Press, 1992, p. 63, souligné par nous.
113 «America’s Leadership, America’s Opportunity», FP, 98: pr. (95), pp. 6-22.
114 «The US has become a European power in the sense that goes beyond traditional assertions of America’s “commitment” to Europe» («America, a European Power», FA, 74: 2 - 95 -, p. 38).
115 FA, 74: 4 (95), p. 90.
116 «It is wrong to portray China as an enemy. Nor is there reasons to believe China must be an enemy in the future… the administration feels that its current security agenda is the proper way to approach China and that engagement is the best strategy» (pp. 94, 101).
117 Germany unified and Europe transformed : a Study in Statescraft, Cambridge: Harvard University Press, 1995.
118 Disponible à http://www.newamericacentury.org/statementofprinciples.htm., Paul Wolfowitz et Donald Rumsfeld entre autres signataires.
119 C’est que le document est aussi co-signé par des stratégistes déjà croisés ici, comme Aaron Friedberg et Elliot Cohen, qui savent très bien, leurs écrits en témoignent (cf. notes 51, 77 et 78), que l’unilatéralisme débridé est fondamentalement incompatible avec l’interventionnisme militaire tel qu’il a été repensé dans l’après-guerre froide. Mentionnons enfin que Francis Fukuyama lui-même a aussi apposé sa signature à ce document.
120 Selon des sondages réalisés par l’équipe du Président Clinton en 1996. Voir John Gerard Ruggie, op. cit., p. 91.
121 Voir par exemple Controling the Sword: the democratic Governance of national Security, Cambridge: Harvard University Press, 1990.
122 «I argue that for its own good as well as the general global good, the US ought to try to maintain primacy for as long as it can, including by judiciously promoting and preserving political liberalism abroad» (IS, 26: 3 - 01-2 -, p.121).
123 IS, 17: 4 (93), pp. 5-51.
124 L’approche de Layne dérive en fait de ce rejeton du néoréalisme waltzien nommé réalisme «offensif». Le débat réalisme offensif-réalisme défensif est extrêmement riche. On se limitera ici aux éléments pertinents à notre sujet (l’argument défensif sera donné plus loin). En guise d’introduction, on peut consulter Stephen Van Evera, «Offense, Defense and the Causes of War», IS, 22: 4 (98), pp. 5-43.
125 IS,22: 1 (97), pp. 86-124. Il est intéressant de constater que Layne, ici, n’entre pas «exactement» dans le moule de l’abstentionnisme, car il n’est pas complètement indifférent à la problématique de l’équilibre des forces militaires à l’étranger. Il propose simplement que l’Amérique se retire de la mêlée, pour mieux y revenir si la situation l’exige. Il y a donc aussi un peu de Mahan et de Spykman dans Layne. Dans un même ordre d’idées, voir le concept de «minimal realism», inventé par Layne (semble-t-il).
126 «Preserving the unipolar Moment : realist Theories and US Grand Strategy», IS, 21: 4 (97), pp. 49-98.
127 «The Stability of a unipolar World», IS, 24 : 1 (99), pp, 5-41.
128 Pour d’autres versions de ce type particulier de lecture, on peut consulter Michael Mastanduno et Daniel Deudney (éds.), Unipolar Politics: Realism and States Strategies after the Cold War, New York: Columbia University Press, 1999.
129 Pour le débat sur l’avènement potentiel de la Chine comme compétiteur militaire des États-Unis, voir par exemple Robert Ross et Andrew Nathan, The great Wall and the empty Fortress, New York: Norton, 1997, ou encore Jack Goldstone, «The coming chinese Collapse», FA, été 95, pour un côté de la médaille; et Nicholas Kristof, «The Rise of China», FA, 72: 5 (93), 59-75, pour l’autre côté.
130 The coming Conflict with China, New York: Alfred A.Knopf, 1997, p. 174, souligné par nous.
131 «Chinese Aprehensions about Revitalization of the US-Japan Alliance», Asian Survey, 37: 4 (97), p. 390, souligné par nous.
132 «China, the United States and the Security Dilemma», IS, 23: 4 (99), p. 52, souligné par nous.
133 «Ambivalent Security: China’s Military views the World», IS, 24: 3 (99-00), p. 69, souligné par nous.
134 Princeton: Princeton University Press, 1996.
135 Voir About Face: a History of America’s curious Relationship with China from Nixon to Clinton, New York: Alfred Knopf, 1999, pp. 50-77; 255-8.
136 FA, 75: 3 (96), pp. 79-91.
137 Pour un développement des très rafraîchissantes thèses d’Ikenberry, voir «America’s liberal Grand Strategy: Democracy and national Security in the Post-Cold War Era», dans John Ikenberry et Michael Doyle (éds.), New thinking in international Relations Theory, Boulder: Westview Press, 1997, pp. 15-37; «Rethinking the Origins of american Hegemony», dans John Ikenberry (éd.), American foreign Policy : theoretical Essays, New York: Longman, 2002, pp. 112-33; et surtout, After Victory: Institutions, strategic Restraint, and the rebuilding of Order after major Wars, Princeton et Oxford: Princeton University Press, 2001.
138 FP, 111 (98), pp. 24-35.
139 «Not so long ago when the Monica Lewinsky scandal first broke in the global media, an involuntary and therefore unusually revealing gasp of concern could be heard in the capitals of the world’s most prominent nations. Ever so briefly, prime ministers and pundits watched to see if the drive wheel of international economic, security, and political systems was about to mismalign or lose its power, with all that this breakdown would imply for the rest of the world. Would the Middle East peace process stall ? Would Asia’s financial crisis spiral out of control ? Would the Korean peninsula become unsetteled ? Would pressing issues of European security go unresolved ? “In all the world’s trouble spots”, The Times of London noted, leaders were “calculating what will happen when Washington’s gaze is distracted”. Temporarily interrupting their steady grumbling about American arrogance and hegemonic pretensions, Asians, Europeans and Middle Eastern editorial pages paused to contemplate the consequences of a crippled American presidency. The liberal German newspaper Frankfurter Runschau, which a few months earlier had been accusing Americans of arrogance and zealotry and a “camouflage neocolonialism”, suddenly fretted “the problems in the Middle East, in the Balkans or in Asia” will not be solved “without US assistance and a president who enjoys respect” and demanded that, in the interest of the entire world, the president’s accusers quickly produce the goods or shut up. Etc.» (South China Morning Post, Arab News, Libération, La Stampa) - p. 24.
142 IS, 17: 4 (93), pp. 119-50.
143 Dans Peter Katsenstein (dir.), The Culture of national Security: Norms and Identity in World Politics, New York: Columbia University Press, 1996, pp. 315-56.
144 «Public opinion polls and congressional sentiments seem to indicate that the US has become, at best, a ‘reluctant sherriff’ on the world stage. Over time, therefore, the US military role abroad is likely to diminish, not increase» («The Future of the American pacifier», FA, 80 : 5 - 01 -, p. 49). Aussi: «America... has committed troops... only when there was a potential hegemon in the neighborhood that the local great powers could not contain by themselves... As discussed below, no great power is likely to be in a position to overrun either Europe or Northeast Asia anytime soon... Therefore, the United States will probably bring its troops home in the first decade of the century» (TheTragedy of Great Power Politics, New York: Norton & Company, 2001, pp. 385-6).
145 «Furthermore, the American electorate will tire of a foreing policy that saddles the US with such a disproportionate share of the burden of managing the international system» («Bening Power, Regional intergration, and the Sources of a Stable Multipolarity», IS, 23: 2 - 98 -, p. 41).
146 «The main criticism of the Pax Americana is not that Washington is too interventionist... The problem is US reluctance to pay up. Constrained by a domestic welfare role and consumer culture... Washington tends to shrink from accepting the financial, military, and especially the domestic burdens of sole pole status» (op.cit., p. 40, souligné par l’auteur).
147 «Can America support support its unipolar status ? Yes ! But will Americans support such unipolar status ? That question is more problematic» (op.cit., p.27, souligné par l’auteur).