c) La Guerre froide: 1950 - vers 1989
Le débat entre traditionalistes et
interventionnistes de l’après-guerre immédiat, tournant au début à l’avantage
des premiers, est néanmoins suspendu à la question de savoir comment se
comportera la très imposante Armée rouge, qui loge à deux pas.
Certes, la Guerre froide peut être vue comme ayant été lancée dès 1947
(publication de l’article «X» par Georges Kennan) ou même en 1949 (avec la
création de l’OTAN), mais, en rapport avec le déploiement militaire mondial
proprement dit, c’est le déclenchement de la Guerre de Corée (1950-3) qui
consacre positivement le choix de la stratégie interventionniste par les
instances décisionnelles (appuyées en cela par un courant majoritaire d’opinion
publique). Par suite de cet épisode, le processus de fermeture des bases érigées
durant la guerre est stoppé net. Les États-Unis avancent leur périmètre défensif
au Japon, en Corée et en Allemagne, où sont envoyés des millions de soldats.
Le mot clé de cette phase particulière de l’histoire de la stratégie américaine
appliquée est «Containment», en raison de la nature «idéologique» du conflit qui
s’instaure : il s’agit maintenant de prévenir (contenir) partout l’expansion de
l’URSS et du «communisme».
Sur le plan militaire, par contre, cette époque voit le triomphe de la doctrine
de Spykman (par-delà le fait que l’Union Soviétique soit un allié dans ses
écrits): la sécurité américaine, c’est-à-dire le libre commerce et la protection
du territoire national d’une agression sera, jusqu’à nouvel ordre, assurée via
l’immixtion directe de l’État dans le rapport de forces eurasien.
Objectif : garantir les intégrités territoriales du méga-continent, plus
particulièrement dans sa frange extérieure (le «Rimland»).
La Guerre froide est ainsi militarisée sans retour et le déploiement militaire
mondial relancé sur l’échelle titanesque des années 41-45.
Le réseau des bases américaines à l’étranger
devient ainsi permanent et couvre un flot sans cesse croissant d’échanges
commerciaux.
On reconnaît habituellement quatre fonctions proprement militaires à ces
établissements durant la Guerre froide: ils signalent qu’une agression d’un pays
hôte d’une base américaine en est ipso facto une contre les États-Unis (trip
wire) ; ils servent de support potentiel à des opérations d’envergures (fighting
abroad) ; ils abritent des armes nucléaires et sont par le fait même des
éléments indispensables de dissuasion (nuclear deterrence) ; enfin, ils
assurent aux États-Unis le prestige dont doit résulter son statut de
superpuissance (convenience and political symbolism).
La fonction tactique des bases est mise en évidence par les grands conflits
auxquels participent les États-Unis durant cette période, comme par exemple les
Guerres de Corée, du Vietnam et du Golfe (livrée à la toute fin du cycle
historique dont il est ici question).
Si la volonté politique vis-à-vis de l’application d’un interventionnisme rigide
dans le «Rimland» semble fléchir après l’épisode vietnamien (doctrine Nixon,
1972 et Détente), cela n’est que passager : après l’invasion de
l’Afghanistan par l’URSS, la Guerre froide est relancée jusqu’à sa conclusion
définitive (doctrine Carter et, surtout, doctrine Reagan)