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II La théorie du chaos militaire- v. 1992 - v. 2001

«Compared to the task of defeating fascism and communism, averting chaos is a rather subtle call to greatness»63.

À la fin des années 80, l’interventionnisme est en crise. Il n’y a là aucun mystère. Pour l’Américain moyen, constitutionnellement investi du droit de décider de l’identité de ceux qui trancheront en son nom à Washington, il est hors de question de continuer à défrayer les coûts de cette pesante infrastructure dont l’objet, en l’absence de l’URSS, semble peu clair, hormis le fait qu’elle octroie à de féroces compétiteurs économiques l’avantage de sauver des sommes considérables (budgets de Défense). Une majorité d’électorat est encore favorable à l’idée du maintien du réseau des bases, mais cet appui s’amenuise de jour en jour. Les théoriciens des relations internationales se saisissent de la question. Elle est indiscutablement du domaine de la souveraineté. Il s’agit de savoir si le déploiement militaire mondial a encore un sens dans un monde où l’URSS n’est plus. Leur réponse est affirmative. Voici comment ils justifient cette prise de position.

Le déploiement militaire hors frontières dans l’après-URSS, selon ces théoriciens-stratèges, préserve l’équilibre mondial. Le rapatriement des GI provoquerait à terme un déchaînement sans précédent de forces destructrices (la technologie n’a jamais été si perfectionnée), un chaos d’une amplitude jamais observée dans l’Histoire. Cela mettrait en péril la réalisation des deux objectifs stratégiques traditionnels des Etats-Unis : le flot des échanges serait assurément perturbé ; tandis qu’une menace nucléaire pire que celle représentée jadis par l’arsenal soviétique pèserait sur le territoire national, parce que totalement imprévisible.

Ce chapitre sera divisé comme suit. On analysera des textes de diverses allégeances paradigmatiques où est conceptualisé le maelström appréhendé, d’abord en regard de l’Europe, ensuite de l’Asie, enfin sur un plan plus global ; et on verra comment, en chaque occasion, les forces armées américaines sont présentées comme la seule entité matérielle capable de tenir en respect le spectre terrible du désordre militaire universel.


 


 


 

 
 

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